| Rhodes hotel roomsLes " serial killers" ne sont plus une horrible particularit amricaine. En France, ces dernires annes, les imitateurs de Landru ou du Dr Petiot se sont multiplis dans une proportion alarmante: Francis Heaulme, Guy Georges, Sid Ahmed Rezala, le prsum tueur des trains, celui de Perpignan... Qui sont ces tueurs en srie? Quelles sont leurs personnalits criminelles? Comment les identifier? Comment dceler leurs victimes potentielles? Des techniques nes aux Etats-Unis sont dsormais appliques chez nous. Cela s'appelle le " profilage". Cette mthode permet de dresser, partir du scnario criminel, le portrait psychologique du meurtrier. C'est l'alliance de la science, de l'intuition et de l'exprience du terrain. " Tueurs en srie. Introduction au profilage" parat aux Presses universitaires de France. Delphine Byrka, notre reporter, a interview son auteur, Laurent Montet commis expert judiciaire.Spcialistes de la Criminologie moderne, ils tudient le comportement des serial killers", les tueurs en srie. | | Paris Match. Que signifie le mot "profilage"?Laurent Montet. Le mot dsigne une application scientifique pluridisciplinaire mise au point par le FBI en 1979. Cela consiste dresser le portrait psychosocial d'un criminel violent. Les auteurs d'un crime passionnel, crapuleux ou de :vengeance ne sont pas anims par des motivations psychopathologiques. L'homicide dit "narcisso-sexuel" est, par excellence, un crime violent et sans mobile apparent.P.M. comment le FBI a-t-il mis au point cette mthode de criminologie?L.M. Ce n'est pas le FBI, mais un psychiatre amricain, le Dr Brussels. Dans les annes 50, ce mdecin s'est intress deux grandes affaires sur lesquelles la police butait: l'trangleur de Boston et le terroriste la bombe de New York. Son ide tait simple: dduire la personnalit ou la maladie d'un patient partir de son comportement, qui en toute logique renvoie forcment un profil psychologique ou psychiatrique.P.M. Pourquoi le FBI a-t-il attendu prcisment 1979 pour appliquer la thorie du Dr Brussels?L.M. En 1979, sous l'impulsion de l'agent Robert Ressler, le FBI s'est intress aux travaux du Dr Brussels. Quand la police de New York a retrouv sur le toit d'un immeuble du Bronx le corps d'une victime avec un parapluie dans le vagin. Il s'agissait de l'affaire Calabro, du nom du tueur qui signait sur le corps de ses victimes: "You can't stop me" (Vous ne pouvez m'arrter). Devant la perversit de ce "serial killer", le FBI, qui tait dans le flou, a accept d'essayer la technique de profilage pour laquelle militait Ressler depuis des annes. Calabro a t arrt, et cette affaire est devenue un cas d'cole. Aujourd'hui encore, les agents du FBI tudient cet exemple.P.M. Calabro est donc le premier senal killer avoir t arrt grce au profilage.L.M. Le premier arrt, oui, mais pas le premier avoir t "profil". Pendant la dernire guerre, la demande de l'Office des services stratgiques, Langer, un psychiatre anglais, avait dress le profil psychologique d 'Adolf Hitler. Son travail avait un but prcis: valuer les ractions probables du dictateur une attaque personnelle ou militaire. Le Dr Langer a d'ailleurs crit un livre sur son travail, "The Mind of Adolf Hitler", qui est le premier ouvrage traiter de profilage.P.M. Revenons nos tueurs en srie. Qu'appelez-vous homicide narcisso-sexuel?L.M. Un meurtre (non prmdit) ou un assassinat (prmdit) o le tueur exprime sa toute-puissance (narcissisme) et o il prouve une jouissance sexuelle dans le passage l'acte, mme s'il n'a pas eu de relations avec sa victime.P.M. Comment un enquteur sait-il qu'il a affaire ce type de criminel?L.M. C'est d'abord la scne du crime qui en fait apparatre le caractre narcisso-sexuel. Si la victime semble avoir rsist, souffert ou connu une longue agonie, il y a de srieux doutes avoir sur les motivations pathologiques du tueur. De mme, si le corps a t abm ou mutil aprs la mort, il y a de fortes chances d'tre face un homicide de criminel narcisso-sexuel. |